laurentjauffret

La communication politique n’existe pas

In observatoire on 10 mai 2011 at 15 h 47 mi

« La communication politique n’existe pas » dit-il en sciant la branche sur laquelle ce blog est perché.

Bon… bien sûr, présenté comme cela, c’est peut-être un peu exagéré. Reformulons.

Il n’y a pas réellement de communication politique dans la mesure où il n’y a pas durablement de professionnels de la communication politique. Est-ce plus acceptable de cette façon ?

Pas sûr, car cela semble être une attaque contre des personnes et non plus seulement une vague provocation. Et pourtant, qu’il me soit permit d’argumenter ce propos.

Prenons l’hypothèse que la politique est un produit comme un autre, ou presque. Précisons qu’à la place du paquet de lessive, de la ménagère de moins de cinquante ans, du cerveau disponible et de l’acte d’achat, il convient de placer un projet ou une personnalité politique, des citoyens, de l’adhésion et du vote.

Le même genre d’équivalence peut-il se trouver concernant les acteurs de la profession ?

Dans le cas de figure classique de la communication commerciale, on peut les répartir en deux groupes : dans les agences (1) et chez l’annonceur (2).

1- Dans les agences


Une partie non négligeable du savoir-faire d’un communiquant est lié à sa connaissance de l’environnement socioculturel de ses clients. Il connaît la psychologie du directeur marketing et la problématique de la tête de gondole.

Pourquoi ne connaît-il rien aux hommes politiques ? Parce qu’il ne travaille presque jamais avec eux.

L’événement clef de la politique française est la campagne des présidentielles. Une campagne électorale est aussi une campagne de communication. En 2007, Les deux principaux candidats ont dépensé un peu plus de 20 millions d’euros, ce qui les placent loin des 100 premiers annonceurs de la communication en agence, encore plus loin des 750 millions de dollars de la campagne d’Obama.

Les autres échéances électorales sont encore moins bien dotées puisque les députés par exemple disposent d’un budget maximum de 50 à 60 000 euros pour faire campagne. Pour ce prix, ces 577 annonceurs potentiels font en général le choix de se passer d’une agence et se concentre sur l’impression des bulletins et des affiches.

C’est la loi qui limite les dépenses électorales. Cela se comprend car la moitié de celles-ci est remboursé sur le budget de l’État. La conséquence en est un certain sous-développement de l’expertise et des savoir-faire.

Conclusion : aucune agence ne développe un personnel spécialisé pour un client qui ne vient la voir que tous les cinq ans.

2 – Chez l’annonceur

 

L’annonceur ce sont les politiques bien sûr mais lesquels ?

S’agit-il des politiques en campagne et de la communication partisane ?

Dans ce cas, l’encadrement législatif est strict et limite à la fois les budgets et les moyens disponibles en période électorale. L’affichage et tout achat d’espace presse ou Internet est interdit dans les six mois qui précédent une élection. Pendant l’élection, il se fait sur des panneaux électoraux de la campagne officielle uniquement. La publicité à la télévision est interdite. Cela explique que les politiques dépendent autant des médias pour se faire connaître car la publicité leur est de fait quasi inaccessible (le décalage de 6 mois entre la campagne d’affichage et l’élection implique que l’électeur a tout le loisir d’oublier le candidat).

Une fois élu, on peut attendre des politiques qu’ils pratiquent une communication sur leurs actions : les annoncer, les faire connaître, les optimiser…

Sauf que cela n’est pas considéré en général comme de la communication politique mais comme de la communication publique. Des campagnes de ce type sont faites régulièrement au niveau de l’État ou des collectivités territoriales. Elles sont prises en charge par des spécialistes au sein des administrations qui ont fait vœu de sont tenus statutairement à la neutralité politique. Même une grosse machine de communication gouvernementale comme le SIG ne fait que la communication publique, ce qui s’entend comme excluant la communication politique. J’ai tendance à trouver spécieuse cette distinction communication publique/politique mais elle est généralement admise et les agences, soucieuses de ne pas trop se marquer, se positionnent de préférence sur la communication publique.

Dans l’administration, les seuls qui sont statutairement fondés à faire de la politique sont les membres des cabinets, que ce soit auprès d’un maire ou d’un ministre. Il reste que la communication politique n’est jamais leur principale mission. La rédaction des discours et autres éléments de langage qui leur est également dévolue n’est généralement pas considérée comme de la communication politique (à tort d’ailleurs).

Et ailleurs ?

 

Il y a bien sûr des tas de gens qui s’intéressent à la communication politique :

-         qui l’étudient à l’université,

-         qui la commentent dans les grands médias ou les blogs

-         qui la suive sur twitter (#compol)

Mais s’il s’agit de trouver des professionnels affichés, qui la pratiquent à longueur d’année, cela relève de l’exception et de quelques gourous, mais au final, très peu d’offres d’emplois.

Comme Truffaut disait à peu près de la critique de cinéma, la communication politique, c’est le premier métier de personne et le deuxième de tout le monde.

Tout le monde…

Personne.

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  1. [...] presque égale : les “techniciens” contre les “politiques”. Je ne sais pas si la communication politique existe, comme l’écrit dans son blog Laurent Jauffret, néanmoins je pense pouvoir affirmer que la [...]

  2. […] dû commencer par là bien sûr, dés l’ouverture de ce blog, plutôt que de raconter que la communication politique n’existait pas ( !?) ; La moindre des choses aurait été d’expliquer ce que c’est. Voici donc finalement, […]

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