laurentjauffret

Affaire Jean Sarkozy : chronique d’une défaite annoncée

In stratégie on 13 octobre 2009 at 16 h 58 mi

jean-sarkozy-cedd5.jpg

S’il est encore des journalistes pour se demander s’il s’agit d’un cas de népotisme, la plupart des observateurs considèrent que la cause est entendue, qu‘il s’agit même d’un cas d’école.

La question est plutôt maintenant de savoir si le président et son rejeton vont aller au bout de leur projet (« tracer ma route » dit Jean dans le Parisien). En effet, l’obstacle à franchir n’est pas l’élection par le conseil d’administration de l’EPAD, composé pour moitié de représentants du gouvernement mais plutôt le hourvari que l’affaire est en train de susciter dans les médias et dans l’opinion. Il s’agit donc d’une bataille de communication politique mettant aux prises les différents acteurs de la scène médiatique et politique.

L’affrontement durera au plus tard jusqu’au 4 décembre, date annoncée de l’élection-nomination. Bien sûr, dans l’intervalle, les attaques peuvent avoir cessées, l’affaire avoir fait « pchitt » ou encore – et c’est le pronostic que je me risque à faire, la candidature peut avoir été retirée par les  Sarkozy.

Pour s’y retrouver, examinons d’abord les protagonistes :

1 – Jean Sarkozy

23 ans, a obtenu une première année de Droit et redouble la deuxième. Il a sans aucun doute du talent mais ce n’est pas ce qui compte dans ce genre de match.

Le procès qui lui est fait est bien celui de sa légitimité et tient en une phrase : il est là grâce à Papa.

La ligne de défense de son entourage consiste en deux arguments :

il est compétent et il a été élu. Ces arguments se révèlent très faibles à l’usage.

S’il est compétent, il n’a pas eu l’occasion de le démontrer surtout à un tel niveau de responsabilité (l’EPAD = 1 milliard d’euros de CA annuel). Beaucoup de jeunes sont compétents mais restent des années au chômage sans occasion de valoriser leurs diplômes. Comment fait-il exception sinon par son nom ?

s’il est élu, c’est grâce aux électeurs de Neuilly mais aussi et avant tout parce qu’il a été placé en situation de l’être. Ce n’est pas tout le monde qui devient candidat UMP à Neuilly, un fief acquis à la droite pour des siècles et des siècles. Là encore, il le doit bien sûr à son nom car jamais sous la Vème République ni avant, la majorité en place d’un Conseil général n’a présenté aux suffrages des électeurs un candidat de 21 ans. Jamais non plus avant lui un conseiller général de 22 ans n’avait été élu président de groupe.

Répondre à ces arguments donne le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes. Les porte-paroles et ministres n’ont pourtant rien de mieux à proposer sur les plateaux télé.

2 – l’opposition :

C’est Christophe Grébert, conseiller municipale de Puteaux, membre du modem qui a lancé l’affaire par une pétition. L’angle d’attaque est assez local mais son réseau sur Internet a fait merveille.

« Jean Sarkozy, nous vous invitons à terminer vos études de droit et à faire quelques stages en entreprise… avant, peut-être un jour, qui sait, de re-postuler à ce poste autrefois occupé par votre père.

Jean Sarkozy, vous rendrez ainsi grandement service aux habitants, aux salariés et aux entreprises de La Défense. »

Laurent Fabius sur France Inter a commenté l’évènement sur un mode ironique alors que Arnaud Montebourg a été très incisif, en appelant aux valeurs de la République en péril. Ségolène Royal a évoqué pour sa part un possible dispositif de financement des prochaines présidentielles (vers la 13ème minute de la vidéo).

Vodpod videos no longer available.

Les trois angles sont intéressants mais leur efficacité n’est pas optimum. Fabius est moins drôle, moins cruel et moins mordant que la blogosphère. Ségolène Royal a beaucoup et souvent parlé de complots et sa parole s’est un peu démonétisée, tout comme celle de Montebourg dont les alertes sur les atteintes à la République font désormais parti du paysage. L’opération manque aussi de coordination.

Cela devrait pourtant changer. On peut estimer qu’à part Julien Dray, personne ne prendra la défense de Jean Sarkozy et qu’un front commun peut se constituer de l’extrême gauche au Modem (voir Bayrou dans le Monde)

Le passage de l’affaire à l’assemblée nationale par le jeu des questions écrites donnera l’occasion de peaufiner la stratégie.

3  – les médias

Si les grands médias sont prudents, ils sont d’ores et déjà obligés de traiter l’affaire. Le Figaro consacre une page à « l’Elysée face aux turbulences ». On peut noter que les commentaires des lecteurs du figaro.fr ne sont pas plus tendres avec leur président que ceux de libération.fr ou du monde.fr.

Copie de jeansarkozypartout

La blogosphère, elle n’a pas d’état d’âme et fait flèche de tout bois. Elle est indignée comme Montebourg,  soupçonneuse comme Royal et surtout très très satirique. Twitter en profite pour étendre son emprise sur la toile, quelques semaines après la mise à mort du site Désir d’avenir.

4 – les médias étrangers

Le Président Sarkozy n’espérait peut-être pas le Nobel de la paix mais n’envisageait pas non plus celui du népotisme. Il est sans doute sensible à cette image dégradée.

Vodpod videos no longer available.

5 – l’opinion

Des sondages devraient prochainement permettre de compléter cette rubrique.

Passons maintenant aux pronostics

Si l’opposition ne lâche pas prise, Sarkozy père et fils vont passer un mois pénible d’ici début décembre. Ils ont le choix entre deux stratégies :

  • Le passage en force  (-20 points)

Avantages : aucun obstacle juridique ou politique réel n’empêche cette nomination. Il suffit d’attendre que les choses se tassent.

Inconvénient : cela risque d’entacher durablement la carrière du fils et de plomber l’image du père. Rester sourd à la critique ne rappelle-t-il pas un certain Berlusconi. Si cette attitude peut avoir les apparences d’une victoire, c’est que le prix en sera payé plus tard.

  • La retraite en bon ordre (- 5 points)

Dans un souci d’apaisement, le fils prend « l’initiative » de renoncer à ce poste. Il se contente de celui de vice-président et promet de faire ses classes quelques années avant de revenir à la charge.

Avantage : Sarkozy prouve qu’il n’est pas autiste et capable de s’adapter à la situation. Si cette décision est prise rapidement, toute l’affaire est oubliée dans une semaine.

Inconvénient : c’est une bataille perdue (mais pas la guerre)

Publicités
  1. […] This post was Twitted by laurentjauffret […]

  2. au moins on aura appris un mot : « hourvari : (Chasse) Ruse d’une bête traquée qui met les chiens en défaut en revenant à l’endroit d’où elle est partie. »

    on peut parier avec du paypal ?

  3. mouais… je n’en suis pas si sûr… tu préjuges du niveau d’autisme des sarko. Souviens toi que le père est victime de psychopathologie…. le fils je ne sais pas.

    • ma première hypothèse est celle d’un comportement rationnel de Sarkozy – attendons encore un peu pour dire que j’ai tort

  4. Prédiction réussie donc
    Paradoxe : le retrait de Jean Sarkozy n’est pas une bonne nouvelle pour la gauche qui s’apprêtait à faire payer cette faute à la droite aux régionales.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :