laurentjauffret

Un Président dans votre télé : O’Reilly interviewe Obama sur Foxnews VS Sarkozy sur TF1

In marketing, rhétorique on 11 février 2011 at 15 h 50 mi

L’interview d’Obama a eu lieu le 6 février, juste avant le Superbowl, épreuve reine du football américain, celle de Sarkozy le jeudi 10 février.

Comparaison des styles

Elle ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà :
1/ Sarkozy et Obama sont tous deux à l’aise devant la caméra, habiles à rebondir, à éviter, à contre attaquer et peuvent donc être considérés, sans surprise, comme des débatteurs de talent.
2/ Sans surprise non plus, on note que l’un des deux a une grande classe naturelle : charme, distinction, humour et que l’autre en est complètement dépourvu.
Bon, peut-être que le point 2 est un peu moins objectif que le point 1 ? Peut-être…
Mais mon propos est ailleurs.

Comparaison des dispositifs

La comparaison intéressante est celle des dispositifs utilisés pour mettre en scène la parole d’un président élu dans deux grandes démocraties.
Coté français, un panel de citoyens est censé représenter la population et exprimer ses préoccupations. Un journaliste distribue la parole, veillant à ce que le trac n’ôte pas leurs moyens à ces débatteurs.
Coté américain, Bill O’Reilly, journaliste vedette, est en tête-à-tête avec le président pour un quart d’heure. Difficile de dire qui reçoit qui car si la scène est filmée dans le bureau ovale, l’émission est sur Fox News et la chaine et son public sont réputés être de virulents adversaires d’Obama. C’est pourquoi O’Reilly cherche plutôt à limiter sa politesse au strict minimum, n’hésite pas à couper le président, à reposer plusieurs fois les questions sans jamais répondre aux sourires et rires d’Obama. Celui-ci, dans la fosse aux lions, reste parfaitement à l’aise. Il sait qu’il doit séduire et que l’agressivité de son interlocuteur lui est interdite. Il répond, explique, désamorce, approuve… et remporte brillamment la manche.

Interviewer un président n’est pas un exercice simple. Sa stature, sa position, son temps de parole (forcement supérieur) lui confèrent un avantage initial. C’est pourquoi, nous avons tous tendance à attendre du dispositif de ce genre d’émission qu’il rétablisse un équilibre et donne de l’équité à ce temps de la démocratie médiatique.

French touch

La manière française est complexe et aboutit à un résultat inverse de celui recherché. Les français échantillonnés ne nous ressemblent pas bien sûr, ne provoquent aucune identification et ne servent finalement qu’à illustrer la distance qui sépare le Président du simple citoyen. La confrontation reste artificielle et surtout, dans le débat, le citoyen ne pèse pas lourd.

American way

La manière américaine a le mérite de la simplicité, voir de l’économie de moyens. Obama se paie le luxe de ne pas avoir de cravate car il s’agit d’une « émission de sport ». Deux hommes face à face discutent. L’un représente la moitié de l’Amérique et plus, celle qui a gagné les élections et qui conteste l’ordre du sommet de l’État. L’autre représente toute l’Amérique, entend le montrer et rassembler jusqu’à ses adversaires. Bien sûr il n’y a aucune sorte de panel de citoyens, juste des idées incarnées.

Obama est plutôt facile à comprendre même pour un anglophone non confirmé mais le verbatim peut aider.

L’émission de TF1 se trouve ici

Ce billet m’a été inspiré par la chronique de Philippe Meyer ce matin.

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